Les Affaires

2016 s’achève. C’est le temps des bilans et des regards sur 2017. Cet extrait d’un podcast du site NextBillion, de James Militzer, amorce mon bilan 2016 comme chroniqueur économique:

« (… ) public policy is the way we unify ourselves as a community, whether it’s at the neighborhood level or at international, global level. (…) any progress made by even highly successful social business can be wiped out on the whim of a president with conflicting priorities. (…) social entrepreneurs have to do some soul searching about what the levers of power are in our society – and it’s not only in the marketplace », lui a affirmé son interlocuteur, Jonathan Lewis, entrepreneur social et investisseur.

Il ne peut pas y avoir une “économie du mieux” et une “économie du pire”

Voilà trois ans que je couvre le nouveau capitalisme: entrepreneuriat social, entrepreneuriat d’impact, investissement responsable, investissement d’impact, etc. J’ai d’abord présenté cet univers comme un monde à part. Puis, j’ai réalisé que ce clivage n’est pas soutenable. Il ne peut pas y avoir «l’économie du mieux» qui vient réparer «l’économie du pire». Ce n’est pas soutenable économiquement ni humainement. Qui a envie de travailler pour «l’économie du pire» quand il y a une «économie du mieux»?

Les entrepreneurs sociaux ne sont pas des superhéros. Ils ne peuvent, à eux seuls, venir à bout des problèmes de l’humanité. Ce n’est pas leur rôle. «Le marché n’est pas le seul levier de pouvoir de la société», rappelle l’entrepreneur Jonathan Lewis. Il y a le gouvernement aussi. Tout comme il n’est pas souhaitable que le rôle de l’entrepreneuriat social se limite à réparer les excès du capitalisme – et du même coup dédouaner les entreprises traditionnelles de leur rôle sociétal- il n’est pas normal que l’on attende des entrepreneurs sociaux qu’ils compensent les failles de l’État. J’ai parfois l’impression qu’on compte sur les projets des entrepreneurs sociaux pour remplacer les politiques publiques en santé ou en éducation, par exemple.

L’entrepreneuriat social en renfort de l’État, pas en remplacement de celui-ci

Les entrepreneurs sociaux sont là pour rendre l’État plus efficace, pas moins responsable. Les applications qui permettent de connaître le temps d’attentes dans les cliniques médicales de notre quartier ne peuvent pas – et ne doivent pas – compenser une gestion intelligente de celles-ci.

L’entrepreneuriat social a déjà commencé à se rapprocher de l’entrepreneuriat traditionnel. Les partenariats se multiplient. Ceux-ci sont devenus une source de motivation et de rétention des milléniaux de nombreuses entreprises. Prochaine étape: un rapprochement entre l’entrepreneuriat social et le gouvernement. Qui sait, ce rapprochement pourrait avoir un effet bénéfique sur la motivation des fonctionnaires. Comme c’est le cas chez les employés des entreprises traditionnelles.

L’État a besoin du dynamisme, des idées et de la créativité des entrepreneurs sociaux pour mieux servir le bien commun. Et pour motiver ses fonctionnaires en leur permettant de contribuer à la réalisation de projets concrets au service des citoyens. Les entrepreneurs sociaux, eux, ont besoin de politiques publiques pour assurer un impact durable de leurs projets. Voilà où nous en sommes pour 2017. C’est une question de gros bon sens.